La playlist du moment :
Extraordinary Machine (Fiona Apple) ; Common People (Pulp) ; Irgendwie, Irgendwo, Ingerdwann (Nena) ; Major Tom (Völlig losgelöst) (Peter Schilling) ; When Doves Cry (Patti Smith) ; Ashes to ashes (David Bowie) ; Ich liebe dich (Clowns & Helden) ; Apocalypse Now (Muse) ; Free Money (Patti Smith) ; Ain't it strange (Patti Smith) ; Los Prisioneros, un groupe chilien des années 1980s ; l'album Revolver des Beatles ; Beetlebum (Blur) ; Spanish Bombs (The Clash)
Salut à toustes !
Voici ma nouvelle tentative pour avoir un blog qui, cette fois-ci, fonctionne correctement. Je me dis que ce carré ici peut me servir à donner quelques nouvelles d'actualité en express pour que vous ne m'oubliiez pas.
--> Les actualités de mon côté sont bonnes, j'ai été très très fatiguée récemment mais je me sens bénie et tellement heureuse d'être ici et j'ai l'impression que le monde entier est ma maison.

Mon avis sur Le livre de Kells, Sorj Chalandon
Je viens de finir Le livre de Kells de Sorj Chalandon (2025 : très très récent !), et je me dis que je vais vous écrire un petit billet dessus parce que pourquoi pas ; pas une grosse analyse, mais simplement, avec les élections qui viennent, il me paraît très dans l’air du temps, donc quelques mots et impressions à chaud. Aussi, ce sera mal écrit parce qu’il est tard le soir et que je bosse demain matin, mais je m’en fous fort du style.
C’est un roman autobiographique dans lequel SC raconte la période de ses 17-20 ans, entre 1970 et 1973, durant laquelle il fuit un foyer violent et sans amour à Lyon, avec un père antisémite et raciste et une mère écrasée et soumise, dans le but de rejoindre Ibiza, puis Katmandou, dans une sorte de projet hippie, mais se retrouve à la rue à Paris pendant plusieurs mois (près d’un an, je pense), avant de devenir, presque par hasard, maoïste. Le roman, qui suit une trame narrative linéaire, pourrait être divisé en deux parties : le récit de l’errance et de la vie à la rue, puis le récit des années maoïstes de l’auteur au sein du mouvement de la Gauche Prolétarienne. Si ces deux parties sont dans leur contenu très différentes l’une de l’autre, dans la mesure où la vie de l’auteur a énormément changé quand il a rejoint les maos, le roman garde un grand sentiment d’unité par la cohérence des questionnements qui le traverse tout du long.
En effet, le roman pose à mon avis, entre autres, la question de la filiation et de l’abandon : SC, qui se surnomme Kells dans le roman, se décrit comme un enfant battu et malaimé, abandonné à lui-même à un très jeune âge. Dans son récit de la rue, le plus marquant est probablement l’abandon et la solitude. Il cherche tant bien que mal quelqu’un à suivre, un groupe, quiconque pour l’aider, le soutenir, reconnaître la valeur de son existence, lui apporter de la sécurité et un sentiment d’appartenance et de communauté. Quand il trouve par hasard les maos de la Gauche Prolétarienne, il est attiré par leur manière de s’appeler “les copains”, de se soutenir et de s’aider mutuellement et inconditionnellement : dans son récit du groupe d’extrême-gauche, l’amitié, la solidarité, la confiance et la loyauté transparaissent vraiment. Ce qu’il trouve chez les maos, ce sont des copains plus que des camarades, et il y a quelque chose de précieux et pur lorsqu’on lit ces passages ; d’autant plus que leur solidarité et leurs valeurs d’entraide s’étendent à toustes les opprimé-es, et notamment aux immigré-es (car petit rappel historique ; les années 70, c’est tout autant l’âge d’or du gauchisme post-68ard, des hippies et des trotskystes que d’Ordre Nouveau, de l’Action Française, du GUD et de la formation du FN).
Et justement, ce contexte très particulier du Paris du début des 70s est très bien capté dans toute sa conflictualité : tous les plus grands affrontements entre l’extrême-gauche et l’extrême-droite (des affrontement historiques, armés, d’une violence inouïe : n’hésitez pas à vous renseigner dessus, c’est vraiment très intéressant. Quentin, à côté de ça, c’est de la gnognotte.) y sont racontés, car SC y était aux premiers rangs. La bagarre contre les fafs occupe une place assez importante du roman, ce qui peut être assez jouissif en ces temps présents. Les prises d’otages de chefs d’ateliers racistes, les lynchages des patrons qui violaient les ouvrières, les affrontements armés avec la police et les fafs : c’est une époque violente que raconte SC, où sa loyauté infinie envers ses copains s’accompagne d’une conflictualité extrême avec l’ennemi. SC (Kells dans le livre donc) était un bagarreur, ou comme le disent les cadres du parti, un “militaro-débile” : lui et ses copains ne sont pas des penseurs du mouvement, ne vont pas aux formations, mais sont plutôt (très) impliqués dans l’action directe, à coups de nunchakus et de grenades défensives faites maison (voire de guns collectés en prévision de la révolution). Quand on lit ce livre, on est donc au coeur de l’ébullition de ces mouvements du point de vue d’un de leurs soldats, et non pas seulement du point de vue surplombant et autosuffisant des cadres du parti, ce qui est assez différent de ce qu’on peut trouver ailleurs si on cherche à se renseigner sur l’histoire de ces mouvements.
Un aspect que j’ai particulièrement apprécié du roman, et dont le point de vue de “soldat” mao de SC permet de rendre très bien compte, est l’évolution du contexte politique entre 1971 et 1973 (en quelques sortes le début de la fin) et la manière dont celle-ci est perçue par les militant-es de l’époque. Parce que c’est l’après 68, avec tous les espoirs vifs et presque naïfs de révolution prochaine que ça charrie, et en même temps c’est l’après 68 de la loi anti-casseurs de 1970, de la dissolution de la LCR, de la création du FN, des vagues d’assassinats d’Algériens partout en France, des bidonvilles de travailleurs-ses immigré-es en banlieue parisienne. Ce contraste très fort se ressent certes notamment dans la forte conflictualité de l’époque, mais il se ressent aussi dans la défaite progressive de l’extrême-gauche, dans leur déroute. Même la politique de gauche change : LIP questionne la pertinence de la violence en politique, les conflits géopolitiques divisent au sein même des mouvements maos. La question de la Palestine et de l’enlèvement d’athlètes israéliens aux JO de Munich remue des tensions sous-jacentes liées à l’histoire (à l’époque) récente de la France ; car 1970, ce n’est que 25 ans après 1945. Les militants d’extrême-droite antisémites, les militants d’extrême-gauche antifascistes, les partisans de l’Algérie libre et les terroristes de l’OAS, les sionistes de la Nakba et les antisionistes ; tout ça, c’est de l’histoire très récente, et la politique de l’époque est traversée par tous ces héritages (qui encore aujourd’hui demeurent structurants du champ politique de la Ve République).
En lisant ce roman, on explore donc tout ce contexte très particulier, mais on lit aussi l’extinction d’un mouvement politique du point de vue de ses militants : les doutes, les erreurs dans lesquelles ils s’enfoncent, les trahisons, les autocritiques qui arrivent trop tard, le sentiment de désemparement. Ces militant-es, dont on peut aujourd’hui aisément railler les anachronismes et la naïveté, ont néanmoins donné leur vie, leur loyauté, leur sécurité, leur avenir, pour une révolution qui n’est pas venue. Le monde passe à autre chose, et c’est toute la possibilité d’un autre monde, c’est le travail d’années de lutte, c’est des morts, qui deviennent de l’histoire passée, des vaincus. Lire cette défaite quand on vit dans le monde d’après, celui du triomphe de l’internationale fasciste et du néolibéralisme le plus vil, c’est assez insupportable et très déprimant. C’est notamment cette partie qui m’a touchée, parce que cette déroute des militant-es, cette défaite, me rappelle pas mal le contexte actuel, le militantisme de nos jours. Les espoirs écrasés lutte après lutte, le militantisme dans un contexte où les choses ne nous sourient pas et où l’on a l’impression de se tromper sans arrêt ; l’échec politique, les doutes tel qu’il est décrit dans le roman a fait écho à beaucoup de luttes que j’ai connues, où j’y ai cru et on a perdu, où je n’ai pas su quelle stratégie adopter, quels sacrifices en valaient la peine, parce qu’on ne vit l’histoire qu’au présent avant qu’elle ne soit de l’histoire, et que donc il est toujours presque impossible de s’y repérer clairement sans faire d’erreurs. Or, quand on est dans le camp des opprimé-es, on a pour seule force, et c’est justement ce qui rend la lutte si difficile pour nous.
Au sujet de l’aspect plus littéraire du roman, je l’ai trouvé facile à lire, court et entraînant. Je le recommanderais davantage pour son intérêt historique et politique que pour son style d’écriture, mais là encore, je ne pense pas que ce soit une lecture indispensable : une lecture agréable et intéressante, pour sûr, mais pas un roman transcendant non plus. N’empêche qu’il ouvre sur pas mal de pistes de réflexions intéressantes, qu’il a un propos plutôt nuancé et ancré historiquement, proche des réalités matérielles qui ont construit notre monde d’aujourd’hui, et qu’il a pas mal du charme de l’ambiance Tolbiac qui me manque tant ; et puis, c’est toujours jouissif de lire des histoires de gauchos enthousiastes, solidaires et internationalistes qui agissent directement sur tous les fronts tout en préparant le Grand Soir, et qui pètent la gueule des fafs à coups de barres en fer arrachées des tables de la fac.
I still only travel by foot and by foot it's a slow climb
But I'm good at being uncomfortable so
I can't stop changing all the time
If there was a better way to go then it would find me
I can't help it, the road just rolls out behind me
Be kind to me, or treat me mean
I'll make the most of it, I'm an extraordinary machine
--- Extraordinary machine, Fiona Apple (2012)
The US dropped 7.6 million tons of bombs on Vietnam (as well as Laos and Cambodia) between 1964 and 1973, which is more than triple the tonnage dropped in all of WW2 (2.15 million).
Au nom de la mère, de la fille, et des seins esprits :
(Les saints patrons de ce blog)
J'ai pas pris beaucoup de photos cet été, mais en voici quelques unes pour les curieuxses :
Des nouvelles du potager !!

Je voulais vous raconter quelques trucs, vous donner quelques nouvelles sur mon avancée au potager et sur mes plantations personnelles. Pour le contexte, quand je suis arrivée, les potagers étaient en friche, la terre ultra sèche et tout était mort et abandonné. Comme j'aime beaucoup y passer du temps, mon objectif jusqu'ici (en parallèle de mes tâches de travail) a été de le remettre en état pour l'automne, et de faire en sorte qu'on puisse profiter autant que possible des légumes d'été qui ont survécu à l'abandon...
Je pense que ce carré de blog sera lui aussi amené à évoluer.

Au potager de la Choza (donc le potager de l'asso) : On a passé un temps fou à désherber, j'ai rarement vu un espace dans un état pareil. Les tomates cerises et les tomates étaient bien après qu'on les redresse avec une nouvelle structure de bambou et de la corde, et elles ont un super rendement. Autour des pieds de tomates, on a planté du basilic (pratique pour se servir pour les salades!) : ça permet d'éviter la monoculture dans le potager et de favoriser la biodiversité du potager, d'optimiser l'espace, mais ça aide aussi à la réduction des nuisibles et au développement aromatique des tomates en stimulant la production de sucre et d'acides organiques dans la tomate. Je suis bien fière de ce coin là. Un peu plus loin, on a des pimientos, des courgettes et des aubergines : les pimientos vont très bien et ont un rendement très satisfaisant, mais le problème des courgettes et des aubergines est qu'elles ont été abandonnées pendant des mois et que désormais elles ont trop grandi. On tente de tailler comme on peut, mais on perd malheureusement des légumes bêtement, et aussi l'excès de feuilles entraîne une demande énergétique importante qui limite le développement de nos légumes. Je compte m'occuper de ça très vite, et je vous tiendrai au courant. Mais bon, on peut quand même manger tout ça, donc c'est chouette !
Au niveau des aromatiques, on a du basilic et du romarin ; c'est chouette, mais on a trop de romarin. Mon objectif un peu fou et qui prendrait du temps, mais que j'aimerais travailler à un moment (je sais pas quand, parce que c'est toute une logistique complexe), ce serait de faire une spirale d'herbes aromatiques comme me l'a suggéré Nati, qui m'a dit que ce serait vraiment une bonne idée ici. En général, j'aime beaucoup toutes les combinaisons de plantes où elles sont en relation et se renforcent les unes les autres. Pour que vous compreniez l'idée, je vus mets une photo qui vient d'internet : celle-ci est très simple, probablement la plus simple qu'on peut trouver, mais on peut faire beaucoup plus grand et extravagant.

Au potager devant la maison (dans mon jardin) : Là, on partait de zéro. Il a fallu faire des chemins dans la parcelle, préparer la terre (qui était très sèche), pailler... Comme on avait un plant de fraises à côté dans un pot, on l'a retaillé pour lui redonner du dynamisme et faire des semis, et on a planté des fraises dans notre nouvelle parcelle toute propre. Pour tout ça, on a eu la chance d'avoir l'aide de Natalia (ou Nati), qui est merveilleuse, une fée du potager et un ange en même temps. Je compte planter plus dans les jours qui viennent, et notamment demain parce que j'ai un jour de pause, mais mon défi est que j'aime bien planter à partir de semis ou de graines que je peux récupérer de ce qu'on a déjà parce que j'aime quand le potager est circulaire et que ce qu'il donne peut être réutilisé plutôt que jeté (et d'autant plus que comme ça c'est gratuit). J'ai aussi récupéré un rosier d'une voisine qui allait le jeter, et je viens de le planter dans le jardin.
En parallèle, je fais actuellement sécher des pépins de citrons pour faire pousser des citronniers (je vous donnerai des nouvelles bien sûr), et je fais pousser des succulents et un petit cactus sur mon balcon.